Par lazza
Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /Déc /2008 21:26
Le texte qui suit est une réponse à Lazza et moi 
(l'auteur en est  justement Roland, qui avec ses amis Chris, Poly, Chrysteline et Quichottine
m'ont encouragé par leurs commentaires)




Habitué depuis peu à me servir en chocolat chez Roland (épicerie fine), je prends la direction de sa boutique aussi souvent que me vient l’envie de me faire une douceur.


Hier, le taulier, devant sa porte, les bras croisés sur son tablier bleu, le crayon posé sur l’oreille droite, guettait mon arrivée, son visage visiblement marqué par l’inquiétude. Cette attitude inhabituelle m’intrigua. Le peu de perspicacité que je possède flaira le coup monté.


Son agitation soudaine, lorsqu’il m’aperçut, confirma mon impression première. Il s’engouffra dans son magasin. L’étrangeté de la situation me fit ralentir l’allure sur quelques pas, mais l’appel de la pause chocolatée me redonna l’énergie d’une marche décidée.


Ma main poussa la porte et les deux notes de musique qui accompagnèrent son ouverture me rassurèrent. Elles faisaient, elles aussi, partie de ce moment de délectation. Elles introduisaient et concluaient, à leur façon, mon quart d’heure gourmand de la journée.


La suite fut pour le moins étonnante.


Roland, métamorphosé, sans tablier, devant son comptoir, sourire aux lèvres, me tendait son dernier chef d’œuvre : un énorme carré de chocolat noir. Le connaisseur que je suis, su immédiatement reconnaître, par l’énorme boursouflure en son centre, qu’il s’agissait là d’un fourré.

La salive emplissait déjà ma bouche.


« Tiens goutte-moi ça, j’l’ai fait en pensant à toi ! Je lui ai donné ton nom. »


L’émotion me paralysa. Impossible de dire un mot, déglutition bloquée.


« Avale et dis-moi ! Il est chaleureux et haut en couleur, comme toi et tes peintures ! Dis-moi si je me suis trompé. »


J’étais venu prendre un peu de douceur et je recevais, là, une montagne de reconnaissance.

Il était impatient. J’étais submergé par des tonnes de sensations inattendues et incontrôlables.


« Allez ouvre la bouche ! Ne fais pas de caprice ! Chris, Poly, Chrysteline et Quichottine l’ont déjà goûté. Ils disent qu’il ressemble à tes peintures. »


De pire en pire, ils sont cinq maintenant. Si je pouvais m’enfuir !


C’est la fonte du fourré sur ma langue qui, réveillant mes papilles, calma le bouillonnement intérieur de mon être et m’apaisa. Il me fallut encore quelques minutes pour que mon cœur accepte de battre à un rythme supportable.


J’appréciai alors la friandise.

Il est vrai que ce chocolat était haut en couleurs, explosif, contrasté, chaleureux et tout en bleutés, sec et doux à la fois. De là à me ressembler, je suis bien mal placé pour le dire. Et je m’en fous. Ce que je veux retenir, c’est son goût unique, celui du regard bienveillant et chaleureux. Ce regard qui n’est là que pour redonner confiance et souffler l’envie de reprendre les pinceaux.


Je ne remercierai jamais assez Roland et ses amis.      
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